Les conseils de l’orthophoniste

 

Article rédigé par Nicole Carty orthophoniste

 

 

 

Voici les différentes questions qui seront traitées dans cet article

 

 

  1. Pourquoi stresse-t-on autant pour l’acquisition du langage ?
  2. Votre enfant a reçu une étiquette, mais celle-ci ne le définit pas
  3. Vous possédez les outils de base
  4. Votre enfant a un trouble dans le spectre de l’autisme
  5. Votre enfant a une trisomie 21
  6. Votre enfant présente un mutisme sélectif
  7. Votre enfant ne parle pas encore
  8. Votre enfant est sensible, à la bouche, ou pas assez
  9. Votre enfant prononce mal les sons
  10. Votre enfant a des difficultés à apprendre à lire/écrire
  11. Votre adolescent a des difficultés en lecture et en orthographe
  12. Non, il n’est jamais ni trop tôt ni trop tard de consulter en orthophonie

 

 

 

  1. Pourquoi stresse-t-on autant pour l’acquisition du langage ? L’apprentissage de la lecture ? L’apprentissage de l’orthographe 

  •  Parce que ces habiletés sont essentielles à notre intégration sociale et professionnelle. Mais, le domaine du langage oral ou écrit n’est pas le domaine des maladies ou des hospitalisations ; c’est du domaine du développement.

 

  1. Votre enfant a reçu une étiquette, mais celle-ci ne le définit pas

  • Votre enfant a un profil unique. Votre enfant est en développement ; il s’agit donc d’en profiter. Le progrès est attendu dans le développement. En orthophonie, on ne vise pas la « guérison » ; on vise le développement des habiletés propres à l’individu, parallèlement à la diminution de l’impact fonctionnel du trouble dans la vie quotidienne (maison, école, études, travail).

 

 

  1. Vous possédez les outils de base

  • Votre enfant apprend à marcher, car il voit tout le monde se déplacer pas mal plus vite autour de lui. Vous lui donnez la main. Vous l’accompagnez. Vous ne le poussez pas, vous ne le tirez pas. Vous allez à sa vitesse jusqu’à tant qu’il prenne confiance pour y aller tout seul. Quand il retombe sur les fesses, vous l’accueillez et vous l’encouragez à recommencer. Vous avez confiance qu’il y arrivera bien.

 

  • Rencontrez votre enfant dans ses efforts pour parler ou pour lire/écrire. Soyez un bel échafaudage : vous savez parler, lire et écrire, vous avez donc les outils de base pour l’accompagner dans son développement.

 

  • Soyez un modèle de langage parlé, lu et écrit. Vous devez être d’autant plus généreux en langage que votre enfant ne parle pas. Vous devez autant lire et écrire, pour votre enfant/adolescent, qu’il ne lit/n’écris pas encore de manière autonome et motivée.

 

  1. Votre enfant a un trouble dans le spectre de l’autisme

  • Imaginez donc que votre enfant vous parle, qu’il vous répond, mais dans sa tête, pas à voix haute. Dans ce cas, vous faites bien de poser vos questions et d’y répondre, de faire vos commentaires et d’y répondre, de donner des consignes et de le guider, doucement, physiquement, pour qu’il les suive.

 

  • Vous donnez ainsi le modèle de ce qui doit se passer : à une question vaut une réponse, etc. Vous pouvez le laisser quelques secondes pour voir s’il réagit ou répond, mais pas plus longtemps. Sinon, il ne comprendra pas le lien entre la question et la réponse.

 

  • Sachez utiliser le soutien visuel écrit. Écrivez les lettres et les chiffres qu’il aime. Écrivez les mots qu’il aime. Peut-être que vous allez développer une interaction dans laquelle il dira un mot et vous l’écrirez pour lui. Vous êtes dans la communication.

 

  • La lecture sera un bon support pour le développement du langage oral.

 

  • Aussi, votre enfant ne vous regardera pas forcément pour vous montrer qu’il vous accorde son attention ou qu’il vous écoute… Or, il vous entend bien ! Lisez donc pour lui. Au besoin, laissez-le occuper ses mains, en parallèle, pendant que vous lisez pour lui. De nouveau, ce n’est pas parce qu’il n’a pas l’air de vous écouter qu’il ne vous entend pas !

 

  • Aussi, préférez les livres audios plutôt que les écrans. C’est certain que les écrans vont le maintenir occupé et tranquille, mais cela l’isole de toutes les interactions alentour, cela l’empêche d’apprendre à s’autoréguler, à s’occuper tranquillement, à écouter les autres personnes qui sont en interaction, etc.

 

  1. Votre enfant a une trisomie 21

  • Sachez que l’apprentissage de la lecture l’aidera à développer son langage oral. Et oui ! Les personnes avec une trisomie 21 ont de meilleures capacités « visuelles » plutôt que « auditives », alors le langage écrit est un bon soutien pour le développement du langage oral. On dit même que les enfants avec une trisomie 21 doivent apprendre à lire avant leurs paires sans trisomie 21 !

 

 

  1. Votre enfant présente un mutisme sélectif

  • Devant les personnes qui s’exclament : « As-tu donné ta langue au chat ? » ou « tu es timide ». Sachez comment mettre tout le monde à l’aise en disant « il parlera lorsqu’il se sentira prêt ».

 

  • Imaginez qu’il veuille parler, mais n’y arrive pas… Soulagez donc le moment en proposant des réponses. Ce n’est pas comme si vous parliez à la place de votre enfant ; vous tentez de lui offrir les mots qu’il aimerait pour s’exprimer, en toute complicité… Un échafaudage verbal adapté à ses besoins.

 

  • Prêtez les mots à votre enfant. Vous n’êtes pas en train de parler à sa place. Vous êtes en train de lui offrir un échafaudage verbal pour ce qu’il aimerait dire. Offrez-le doucement de manière à ce qu’il puisse répéter vos mots ou se manifester si ce n’est pas ce qu’il veut dire. 

 

  1. Votre enfant ne parle pas encore

Vous aimeriez que votre enfant parle ? Vous êtes inquiet qu’il ne dise pas ses premiers mots ?

  • Observez ce qui attire son attention et décrivez ce qui se passe. Si vous voyez que ce que vous dites l’intéresse, c’est que vous avez trouvé ! Continuez ! Offrez-lui encore des mots et des phrases pour raconter ce qu’il fait.

 

  • Vous souhaitez que votre enfant vous imite ? Commencez par l’imiter ! C’est la meilleure façon pour attirer son attention sur ce qu’il fait… Vous rentrez ainsi dans sa bulle. Comme un balancier, vous allez dans son sens puis vous le ramenez vers le vôtre : vous imitez ses sons puis vous les transformez en mots puis vous revenez à ses sons et vous attendez qu’il recommence.

 

  • Rappelez-vous que les petits d’hommes sont des petits mammifères et comme tous les petits mammifères, ils apprennent en jouant. Les enfants apprennent donc en jouant, très fort et intensément, tout au long de la journée, sans jamais s’ennuyer. Leur imagination déborde.

 

Attention aux écrans ! Vous vous détendez peut-être devant un bon film, mais votre enfant, non.

  • Les écrans ne permettent pas à votre enfant de s’autoréguler, de développer son attention, de prêter attention à l’environnement et aux interactions verbales, d’inventer son propre agenda, de développer son imagination et son intelligence à travers les jeux.

 

Les écrans privent votre enfant de son temps de jeu.

C’est sûr que le voisin n’apprécie pas beaucoup quand les enfants jouent, car les enfants font du bruit !

Et, c’est certain que les jeux éparpillés partout font un bazar, mais les petits d’hommes ont besoin de se développer.

 

  1. Votre enfant est sensible, à la bouche, ou pas assez

  • Si votre enfant retient en bouche sa nourriture, refuse des textures, recrache des textures, met absolument n’importe quoi à la bouche, garde la bouche ouverte, a de la salive qui coule, etc., c’est une bonne idée d’aller consulter en ergothérapie.

 

  • En attendant, au moment du brossage des dents, vous pouvez, doucement, lui brosser les lèvres, la langue, l’intérieur des joues, afin de développer ses sensations au niveau de ses articulateurs… Pour l’articulation !

 

 

  1. Votre enfant prononce mal les sons

  • Dans les conversations de la vie quotidienne, mettez-vous à sa hauteur et prenez votre temps avec lui.

 

  • Répétez, pour lui, ce qu’il dit en accentuant les sons qui sont difficiles pour lui. Il se rendra bien compte qu’il y a là des sons à imiter !

 

  • Encouragez l’effort, pas le succès. Si vous encouragez l’effort, alors votre enfant prendra goût à se pratiquer encore et encore et la « perfection » viendra.

 

Sachez qu’un enfant n’a pas la maturité de se rendre compte qu’il ne produit pas les sons comme il faut. Il pense bien faire ! Ainsi, le corriger en lui demandant de répéter ne fera que le frustrer ! Et, cela risque d’ancrer l’erreur…

  • Préférez donc l’accueil de ses productions. Écoutez-le bien. En répétant en modèle ses productions pour lui, vous allez ralentir le débit et l’amener à bien écouter les sons qu’il doit encore développer.

 

  • Il s’agit simplement de ponctuer son discours par des répétitions de ce qu’il a dit, en mettant l’accent sur le bon son. Notre tour de parole consiste, donc, à répéter pour l’enfant ce qu’il a dit, en lui fournissant le bon modèle. C’est une bonne façon de ralentir le débit de parole, naturellement, et d’aider l’enfant à faire attention aux petites précisions qu’on lui apporte, dans la conversation… C’est l’orthophonie de la vie quotidienne !

 

Ce n’est que lorsque l’enfant a exprimé tout ce qu’il avait à dire qu’on peut prendre notre vrai tour de rôle et répondre à sa question ou faire des commentaires…

Eh ! Oui ! Heureusement qu’on a la patience et la mémoire d’un adulte !

 

  • Vous pouvez ralentir et exagérer un peu votre articulation pour qu’il puisse voir comment vous bougez vos lèvres, votre langue et vos joues pour produire vos sons. Ne séparez pas les syllabes, car la parole se fait en coarticulation. De nouveau, ralentissez et exagérez un peu votre articulation.

 

  • Si vous aimeriez que votre enfant prête davantage attention à vos répétitions en modèle de ses productions, vous pouvez le toucher doucement ou encore préciser « on dit bien… » ou tout autre formule qui vous met à l’aise. C’est une invitation à écouter, mais on n’a pas besoin de forcer la répétition.

 

  • Lorsque votre enfant s’exprime, mais que quelqu’un ne le comprend pas, regardez votre enfant et faites comme d’habitude : répéter, pour lui, sa phrase, en accentuant bien les sons difficiles pour lui. De cette manière, personne ne stressera, et l’adulte comprendra ce qu’a dit votre enfant. L’adulte pourra ainsi répondre à votre enfant en gardant le contact visuel avec lui… Succès à la communication !

 

  • Instaurez une routine de lecture d’histoires au moment du coucher. Une fois par semaine, essayez de faire une pile de livres que vous aimeriez aborder avec votre enfant. Le soir, installez-vous dans votre lit, ou le sien, et passez d’un livre à l’autre en fonction des envies et des succès. Certains livres vont être des préférés que vous relirez souvent. Plus vous aborderez de livres différents, plus vous offrez un monde de vocabulaire et de phrases différents.

 

  1. Votre enfant a des difficultés à apprendre à lire/écrire

Si votre enfant est en difficulté d’apprentissage de la lecture, raison de plus de continuer de lui lire, encore et encore.

90 % c’est vous qui lisez, 10 % c’est lui qui lit.

Et, lorsqu’il lit, vous lui soufflez les réponses. Vous ne le laissez pas souffrir sur les mots.

 

  • Vous ne l’interrompez pas non plus à chaque erreur ! Quelle horreur ! Vous allez le décourager complètement ! Détendez-vous au « pire » des cas, reprenez en écho chaque phrase qu’il lit afin qu’il puisse comprendre ce qu’il a tenté de décoder.

 

À force de faire ses expériences, il aura amplement d’opportunités pour préciser sa lecture. Mais, si on lui coupe l’envie d’essayer, en l’interrompant pour la moindre erreur, oubliez ça ! Il abandonnera l’effort tout de suite !

  • Accompagnez votre enfant dans ses devoirs, du temps qu’il en a besoin. Il n’y a pas de bouton « ON/OFF » pour l’autonomie. Cette capacité se développe doucement au cours du temps et avec beaucoup d’entraînement.

 

Les devoirs sont le moment pour vous de prendre connaissance de ce que votre enfant apprend à l’école et de vous assurer qu’il saisit les notions qui seront évaluées. Si vous n’étudiez pas avec lui, comment voulez-vous qu’il développe de bonnes habitudes d’étude ? D’office, vous comprenez mieux les consignes et les textes, vous savez retrouver les informations dans les textes, conjuguez les verbes, trouver des synonymes, etc. Soyez donc un bon modèle de « comment étudier ».

 

  • Aussi, s’il a de la difficulté à lire, lisez pour lui les textes, les consignes et les questions.

 

  • S’il a de la difficulté à orthographier, écrivez en parallèle, à sa vitesse. Il lèvera la tête à chaque fois pour vérifier son orthographe du mot en regardant sa feuille. Avancez à sa vitesse. Faites les sons à voix haute ainsi que vos petits commentaires sur l’ajout du « s » pour le pluriel, etc.

 

  • Aussi, le moment des devoirs n’est pas le moment pour entrainer la lecture/orthographe. C’est le moment de réaliser efficacement le travail pour réserver encore du temps et de l’énergie pour un travail sur la lecture/orthographe ailleurs et à un autre moment.

Votre enfant n’aime pas lire ou ne lit pas encore des romans pour lui-même, qu’à cela ne tienne ! Chaque semaine, chaque mois, essayez encore de nouveaux livres.

 

Au Québec, nous avons la chance que les bibliothèques soient gratuites : ce n’est pas le cas de tous les pays ! Profitons-en !

 

  • Si votre enfant ne lit pas encore pour lui-même, c’est qu’il n’a tout simplement pas trouvé le bon livre pour lui-même. Continuez de chercher : c’est garanti que vous allez le trouver, un jour ou l’autre.

 

  • Aussi, il n’y a pas de livres trop compliqués. Le jour où votre enfant trouve un livre qui le motive, il le lira, peu importe si plusieurs mots sont incompréhensibles ou illisibles pour lui. Inversement, si votre enfant tient à lire des bandes dessinées, sachez qu’il n’y a pas de mauvaise littérature. Et, rien ne vous empêche de lui lire des romans, à côté, du temps qu’il n’en a pas encore trouvé à leur gout !

 

  1. Votre adolescent a des difficultés en lecture et en orthographe

Vous vous trouvez souvent à lui répéter qu’il devrait lire plus ? Alors, prenez les livres que vous avez aimé lire à son âge, que vous auriez aimé avoir le temps de lire, que vous aimez lire maintenant, qu’il est obligé de lire pour l’école, etc. Asseyez-vous et lisez.

 

  • Ce n’est pas parce que votre ado ne lit pas pour lui-même qu’il doit accumuler un retard dans ses capacités en langage écrit. En lisant pour lui, vous lui donnez accès au langage écrit et vous lui évitez d’accumuler un retard, en attendant qu’il développe son autonomie en lecture.

 

De plus, en lisant pour lui, vous imprégnez ses oreilles des structures de phrase et du vocabulaire du langage écrit, ce qui facilitera, à son tour, le développement de ses capacités en décodage. Alors, lisez !

 

Enfin, ce n’est pas parce que votre ado sait lire qu’il ne peut pas encore bénéficier de se faire lire encore et encore. Vous lirez au-dessus de son niveau actuel de lecture et au niveau de son niveau de compréhension. Ce que vous lirez, pour lui, lui permettra de prendre de l’avance pour les classes à venir, les livres qu’il aura à lire. 

 

  1. Non, il n’est jamais ni trop tôt ni trop tard de consulter en orthophonie.

Une mère peut avoir x raisons pour consulter en orthophonie avec son bébé et un adulte qui n’a jamais reçu de services peut également en profiter. Tout dépend des services offerts pour les différents orthophonistes.

 

 

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