Lire à voix haute : en route pour la lecture

Auteure : Nicole Carty, orthophoniste

La lecture à voix haute demeure un moment privilégié que partagent les parents avec leurs enfants. 

La lecture à voix haute

  1. Un moment privilégié
  2. Des échanges pertinents
  3. À chacun son style
  4. Comment choisir un livre
  5. Pour rendre un enfant intelligent : lis-lui des histoires

 

  1. Un moment privilégié

La lecture à voix haute est d’abord un moment privilégié pour se coller. C’est un moment pour créer des liens entre le parent et son enfant. À une époque où l’on manque de temps pour tout faire, s’assoir et lire à son enfant nous permet de nous retrouver. C’est donc LE moment le plus important de la journée.

À travers différents genres de littérature, c’est également le moment pour stimuler la curiosité en s’informant sur le pourquoi du comment du fonctionnement du monde. C’est le moment de vivre des histoires à travers les histoires de vie des autres. C’est encore une occasion de s’exposer à du vocabulaire et à des structures de phrases plus élaborés que dans les conversations de la vie quotidienne. C’est finalement l’occasion de se plonger dans des univers qui titillent notre imagination.

Chaque soir, au moment du coucher, le rituel de lecture à voix haute est sacré. Peu importe si on a le temps de lire durant le reste de la journée, le rituel du coucher doit être respecté (Mem Fox, 2001). L’attention que le parent consacre à son enfant est un privilège. L’argent n’achète pas le temps, mais pour nos enfants, le temps qu’on leur consacre est vital. Les parents sont les acteurs les plus importants dans la vie de leurs enfants (Neufeld & Mate, 2013).

 

  1. Des échanges pertinents

On peut enrichir sa lecture à voix haute de commentaires variés et, surtout, spontanés, sur l’orthographe d’un mot, le son d’un mot, les rimes, les répétitions, le vocabulaire, etc. Et, toujours, revenir au texte pour poursuivre la lecture. Cela rend la lecture dynamique, à plusieurs niveaux, et unique à chaque enfant, à chaque instant, de ce moment de lecture à voix haute.

En discutant avec notre enfant, on peut savourer les différentes étapes de ses découvertes et le développement de ses processus de raisonnement de plus en plus complexes. Dans de telles conversations, le raisonnement de notre enfant n’a pas besoin d’être « juste », il a seulement besoin d’être cohérent. Ainsi, l’enfant apprend à s’exprimer dans un espace d’écoute et de respect avec un partenaire privilégié : son parent. En s’exprimant à propos du texte lu, notre enfant apprend à exploiter un vocabulaire moins familier que celui auquel il est habitué dans la vie quotidienne. Il apprend à élaborer sur des sujets et des concepts plus complexes que dans ses conversations habituelles.

C’est également, pour nous, l’occasion de partager nos inférences à partir des informations fournies par le texte, et les liens que l’on peut faire avec nos lectures ou connaissances préalables.

https://edu.academy/10-avantages-de-la-lecture-a-voix-haute/

 

Aussi longtemps qu’ils l’acceptent, on peut poursuivre cette lecture partagée, même si nos enfants arrivent à lire. Effectivement, ils liront à leur niveau alors que nous lirons à un niveau un peu plus poussé. Nous leur lirons également des genres littéraires auxquels ils ne s’intéresseraient pas forcément à moins qu’on ne les y introduise.

 

  1. À chacun son style

Qui aime lire à voix haute? Qui se sent à l’aise de le faire? Peu d’entre nous avons eu la chance de nous faire lire des histoires par nos propres parents. Peu d’entre nous peuvent nous vanter d’expériences à l’école où nous étions à l’aise de lire devant toute la classe. Il n’y a donc pas de meilleur moyen de renouer avec la lecture à voix haute que de commencer avec notre enfant. Le simple fait d’être son parent suffit à ce que notre enfant soit à notre écoute, peu importe la manière dont nous lisons (Mem Fox, 2001).

On n’a pas besoin de talents particuliers, de formations particulières, ni d’un matériel coûteux. Lire avec expression; lire avec l’intention de transmettre le message du texte. Surtout, il s’agit de rester vrai. Nul besoin d’exagérer ou de se montrer excessivement expressif : ça sonnerait faux. On peut, par contre, en fonction de notre style unique, moduler notre vitesse de lecture, l’intensité de notre voix et même insérer des pauses, en fonction des différents types de textes. Lire à voix haute est « une forme d’art » (Mem Fox, 2001, p. 41). Notre style unique se développe à force de s’y pratiquer, tout simplement.

Au fur et à mesure de nos lectures à voix haute, on se rend compte qu’on lit de manière plus fluide. On se rend compte qu’on apprend des choses qu’on était censés avoir apprises au primaire. On se rend également compte à quel point, grâce à nous, nos enfants acquièrent ces fameuses connaissances générales qui nous manquent tant. Nous remarquons que les mêmes mots qu’on évitait deviennent plus naturels. Lire à voix haute nous fait du bien à nous, aussi.

https://www.noslangues-ourlanguages.gc.ca/fr/blogue-blog/lire-haute-voix-reading-aloud-fra

 

  1. Comment choisir un livre

On choisit un livre parce qu’on a envie de le lire, c’est tout. C’est la seule bonne raison pour le choisir. C’est le seul critère qui compte vraiment. Lire est une activité qui prend de l’énergie. Si, en plus de se concentrer, le contenu ne nous enchante pas, on va être doublement démotivé. En revanche, si le contenu nous attire, la motivation l’emportera sur l’effort.

Et, on ne devrait surtout pas choisir un livre sous prétexte que « ce serait bon pour enseigner telle chose à notre enfant » : ce n’est pas ça, une lecture motivante. Au contraire, il s’agit d’avoir envie de prendre le livre, d’appeler nos enfants à nos côtés et de partager quelque chose qu’on n’a pas envie de lâcher (Pennac, 1995). Un bon livre est celui qui nous retient au-delà du temps que nous avons officiellement alloué à la lecture! Quand on est plongé dans le plaisir de lire, on oublie qu’on est « censé » lire (Mem Fox, 2001). Et, c’est ainsi que la concentration se développe!

Puis, si l’on veut que nos enfants soient à l’aise avec un langage écrit diversifié, nous devons les y exposer : poésies, fables, pièces de théâtre, livres documentaires, magazines, bandes dessinées, romans, nouvelles, science-fiction, romans historiques, biographies, mythes et légendes, etc. C’est surtout la variété qui est importante!

Et, contrairement au mythe qui circule dans notre société, il n’y a pas de bons ou de mauvais livres, une bonne ou une mauvaise littérature. Il y a seulement ceux qu’on aime ou qu’on n’aime pas. Et, si le livre n’est pas passionnant, on laisse tomber et on en prend un autre. Qui a dit qu’il fallait lire un livre d’un bout à l’autre?

http://rustrel.free.fr/lecteur.htm

 

Ce qu’on aime lire, nos enfants aimeront aussi. Si les enfants aiment les mots qu’ils entendent, ils les introduiront dans leur langage oral et leurs compositions écrites. S’ils aiment la sonorité des mots, ils parviendront à mieux les comprendre lorsque ce sera à leur tour, rendus plus grands, de les lire. Et, une chose est certaine : les mots familiers sont plus faciles à décoder que les mots non familiers (Mem Fox, 2001).

 

  1. Pour rendre un enfant intelligent : lis-lui des histoires!

Pour le commun des mortels, qui manquent de temps, à cause du travail et d’autres obligations, les moments de lecture à voix haute constituent un remède des plus effectifs pour s’assurer de développer une relation complice avec nos enfants, et de les soutenir dans le développement de leur vocabulaire donc dans leur développement académique.

Einstein disait que pour rendre un enfant intelligent, il s’agit de lui lire des histoires. Pour le rendre encore plus intelligent, il s’agit de lui lire encore plus d’histoires…

 

Sources:

Fox, M. (2001). Reading Magic: Why reading aloud to our children will change their lives forever. Harcourt.

Neufeld, G. & Mate, G. (2013). Hold On to Your Kids: Why Parents Need to Matter More Than Peers. Vintage Canada.

Pennac, D. (1995). Comme un Roman, Gaillmard.