Quels impacts avons-nous sur le développement du vocabulaire et du discours narratif ?

Par Lyne Lafontaine, orthophoniste

 

Tout au long de sa scolarité, l’enfant apprendra à comprendre et  à produire des  textes courants et littéraires à l’oral et à l’écrit. Parmi les textes littéraires, on retrouve les textes narratifs élaborés en fonction d’un schéma ou d’une grammaire du récit: une situation initiale, soit le début de l’histoire où l’on présente les personnages, le lieu, le moment et une action en cours, un élément déclencheur soit l’événement qui change le cours de l’histoire et crée généralement un problème, un nœud, actions et réactions des personnages pour tenter de résoudre ce problème, un dénouement (solution) et une fin,  incluant les sentiments et réactions des personnages. Peu à peu,  l’enfant comprendra  et produira des textes narratifs de plus en plus complexes tout en développant son vocabulaire littéraire. Plusieurs apprentissages réalisés à l’oral se transféreront à l’écrit.

 

On peut se demander si le vocabulaire et les habiletés narratives peuvent s’améliorer davantage suite à un enseignement spécifique. Des chercheurs américains se sont posé la question et ont réalisé une recherche auprès d’élèves de première année en expérimentant une intervention centrée sur ces dimensions (Gillam et al., 2014).

 

Le tableau qui suit présente les grandes lignes de cette recherche-action. Par la suite, nous dégagerons des pistes d’intervention à la fois pour les parents et les intervenants scolaires.

 

RÉSUMÉ DE LA RECHERCHE -ACTION

LE DÉVELOPPEMENT DU VOCABULAIRE ET DU DISCOURS NARRATIF sosprof - Lyne Lafontaine

 

Quels sont les résultats de la recherche – action ?

On a remarqué des progrès sur le plan narratif et sur le plan du vocabulaire chez l’ensemble des élèves du groupe expérimental, plus particulièrement chez les élèves qui étaient le plus à risque. Les changements étaient trois fois plus grands chez ces élèves comparativement à ceux du groupe contrôle chez qui l’on n’a observé que de légères améliorations qui n’étaient toutefois pas significatives.

 

Pourquoi a-t-on observé ces progrès?

– L’enseignement des liens de causalité entre les parties de l’histoire et des sentiments des personnages se faisait de façon explicite;

– On a enseigné aux enfants comment raconter en expliquant les sentiments des personnages, ce qu’ils planifiaient et pourquoi.

– On a  amené les enfants à produire des histoires de plus en plus complexes.

 

Que puis-je faire comme parents ou comme intervenant ?

Quand je raconte une histoire à un enfant  ou quand j’écoute un enfant me raconter une histoire :

J’exprime les liens de causalité de l’histoire  incluant les sentiments des personnages. J’utilise les termes de la grammaire de récit pour familiariser l’enfant avec ces concepts :

Ex. : Histoire : «Des bandits ont enlevé le prince Le chevalier a essayé en vain de le retenir. Il criait et brandissait son poing en direction des ravisseurs… »

Adulte : « Ah! Quel problème! Le prince qui se fait enlever! Je crois que le chevalier se sent furieux parce qu’il aurait aimé sauver le prince. Sais-tu comment je sais qu’il est furieux? C’est parce qu’il crie et montre son poing aux gens qui ont enlevé le prince.»

 

Je pose des questions à l’enfant pour qu’il verbalise les liens de causalité :

Ex. : Enfant : Le prince est parti avec les méchants. Le chevalier reste là.

Adulte : Comment se sent le chevalier?  Pourquoi se sent-il comme cela? Comment le sais-tu?

 

J’accompagne l’enfant dans sa réflexion sur ce qui va arriver (prédictions, inférences) :

Ex.  Échanger avec l’enfant : « Que penses-tu que le chevalier va essayer de faire pour trouver une solution au problème?… Maintenant on va regarder la suite de l’histoire… ». Puis, discuter de la tentative de solution après avoir lu la suite de l’histoire: « Qu’a tenté de faire le chevalier? Pourquoi? ».

 

Je porte une attention particulière à utiliser ou faire utiliser les mots justes concernant :

  • la structure du récit (situation initiale, élément déclencheur (et problème), nœud (plan et tentatives de solution), dénouement (solution), fin…);
  • l’histoire choisie (ex. : chevalier, prince, escalader).

 

Référence :

Gillam, S. L., Olszewski. A., Fargo, F., et Gillam, R. B. (2014). Classroom-based narrative and vocabulary instruction: Results of an early-stage, nonrandomized comparison study. Journal of Speech, Language, and Hearing Services in Schools, 45, 204-219.

 

Lyne Lafontaine, orthophoniste

lafontaine.lyne@sympatico.ca

www.orthophonie-lynelafontaine.com