Quelle méthode d’apprentissage de la lecture?

Nicole Carty, orthophoniste, janvier 2018

 la lecture interactive - sosprof - Karine Boom

Lire, un processus cognitif

Lire est un processus cognitif; ce n’est donc pas un apprentissage comme les autres! La lecture est le fruit d’un processus flexible interactif ascendant et/ou descendant, selon le contexte.

De manière schématique, le processus ascendant consiste au passage de la lettre, au mot, à la phrase, au paragraphe puis au texte. Inversement, le processus descendant consiste en la prise en compte du péri-texte (illustrations, mise en page; etc.), en passant par les paragraphes, les phrases, les mots, puis les lettres, si nécessaire. Lire serait donc, de manière flexible et interactive, soit un processus de déchiffrage/compréhension, soit un processus de compréhension sans oralisation.

En réalité, au cours du temps, chaque méthode proposée par les grands pédagogues, dans le domaine du langage écrit (Fijalkow; Foucambert; Charmeux; Giasson; Freinet; Catach; etc.), a polarisé sur l’une ou l’autre partie du processus.

 

Les méthodes analytiques

Dans les méthodes analytiques, on retrouve la méthode globale, la méthode naturelle et la méthode semi-globale. La méthode globale est, par exemple, lorsqu’on demande aux enfants de reconnaître les prénoms des élèves de la classe. On décompose ensuite les prénoms pour voir comment ils fonctionnent; pour apprendre les sons simples et complexes du français écrit, par exemple.

La méthode naturelle de Freinet consiste en des dictées à l’adulte, faites par les enfants, qui les relisent, par la suite. À noter que l’adulte n’est pas passif dans une dictée à l’adulte : il raisonne tout, à voix haute. Par exemple : il décompose les mots en sons, pour bien les orthographier; il raisonne à voix haute les accords grammaticaux; il propose des mots synonymes, ou encore, d’autres structures de phrases plus complexes, ou plus riches, pour mieux préciser le message cible de l’enfant. Cette expérience de dictée à l’adulte est infiniment riche, à plusieurs niveaux. Et, rien ne motive plus l’enfant qu’un texte dont le contenu lui appartient. Aussi, les petites modifications proposées par l’adulte sont bien ajustées par rapport à ce que l’enfant tend à apprendre, lui-même. L’enfant se sert, ensuite, de sa mémoire, afin de tenter de décoder son texte, de manière descendante.

La méthode semi-globale consiste à partir de mots appris globalement, « photographiés », pour en arriver à développer, de manière descendante, les habiletés au niveau de la correspondance entre les graphèmes et les sons simples/complexes du français langage écrit, par exemple.

 

Les méthodes synthétiques

Dans les méthodes synthétiques, on retrouve la méthode alphabétique et la méthode phonologique. La méthode alphabétique est aussi ancienne que l’alphabet! Elle consiste au passage par le son, la syllabe, puis le mot. La méthode phonologique consiste, par exemple, à appeler les lettres par leurs sons, en fonction de la phonétique de la langue française.

Source : https://www.lexpress.fr/education/globale-ou-syllabique-ce-n-est-pas-la-methode-de-lecture-qui-compte_1716047.html

 

La méthode interactive

Une méthode interactive de la lecture combine l’apprentissage du code et de la construction de sens; l’apprenti lecteur doit savoir ce qu’il lit (i.e. recette, texte documentaire, narration, etc.) avant de commencer à décoder, puisque le premier influence, et contribue au succès du second.

L’exploitation de de « vrais textes », plutôt que des textes aseptisés, dont le seul but est d’entraîner un aspect ou un autre des aspects techniques du décodage, est préconisée. Lorsqu’on parle de motivation à lire, un contexte pertinent est un ingrédient essentiel. L’enfant se rend compte, très vite, si la narration est véridique ou si elle n’est qu’un médium pour faire entraîner tel ou tel aspect du décodage. La première fascine, le deuxième ennui. Aussi, travailler les aspects plus fins ou techniques du décodage (i.e. les sons du français écrit, etc.), dans les « vrais textes » est tout à fait possible. Un peu de créativité, le lecteur adulte met en évidence les éléments plus précis du décodage, en contexte de textes riches en vocabulaire, en structures de phrases, et, en connaissances générales et culturelles. Apprendre à lire : quel plaisir!

Source : http://www.csdecou.qc.ca/filteau/files/2013/05/Vers-la-1re-ann%C3%A9e.pdf

 

La « meilleure » méthode d’apprentissage de la lecture

Le développement des capacités en lecture est un processus individuel, le fruit d’expériences multiples, vraies et variées, ainsi que d’un accompagnement adulte adapté aux capacités et défis particuliers de l’enfant. Le rythme et la « méthode » dépendent de chacun.

La « meilleure » méthode de lecture est surtout celle qui est la mieux adaptée au profil particulier de capacités et les défis de l’enfant apprenti-lecteur. Aucune « étape » n’est strictement nécessaire. Par exemple, un enfant qui procède, de manière flexible, avec des stratégies de lecture globale et de décodage analytique, pour lire, de manière autonome, les mots, n’est pas tenu de passer par l’apprentissage des sons simples ou complexes du français, ni même les syllabes. En effet, ces derniers peuvent lui sembler opaques, contrairement à la correspondance lettres-sons et à l’accès immédiat au mot, de manière globale, qui constituent des processus solides, pour cet enfant particulier.

 

Comment aborder les difficultés rencontrées dans le parcours de l’apprenti-lecteur? : Les méthodes behaviorales

Les méthodes behaviorales préconisent des « drills » d’entraînement adressant précisément les défis spécifiques de l’enfant. Or, faire lire, encore et encore, des listes de sons simples et complexes du français, ne permettra pas à notre enfant de les maîtriser. Au contraire,  confronté, sans cesse, aux concepts qu’il ne maîtrise pas, il risque fort de consolider sa méconnaissance de ces sons simples et complexes du français. En effet, au mieux, il parviendrait une fois sur deux à lire correctement le son simple ou complexe du français qui lui est présenté. Du coup, plutôt qu’une construction solide de connaissances, les incertitudes et les échecs s’accumulent pour ancrer une méconnaissance de ces sons du français langage écrit.

Ce serait tellement simple s’il ne s’agissait que d’apprendre par cœur des listes de sons ou de syllabes pour parvenir à lire! Mais, en vérité, le lien entre le son, et son format écrit, est arbitraire, sauf pour les initiés qui ont l’impression que le lien est évident…

 

Comment aborder les difficultés rencontrées dans le parcours de l’apprenti-lecteur? : L’approche sociocognitive

À l’inverse de la méthode behaviorale, l’approche sociocognitive s’adapte à l’individu, et aux processus qui sont en cours d’acquisition. Cette approche mise sur les capacités de l’enfant (i.e. comme dans notre exemple, les capacités à décoder les lettres en sons, et, également, à accéder, de manière globale, au mot écrit), pour l’exposer aux fameux sons simplexes et complexes du langage écrit. Cela veut dire qu’au lieu de confronter l’enfant à une liste de sons qui n’a pas de sens, pour lui, l’enfant découvre les sons au travers de concepts connus : il apprend à lire le son « ai » parce qu’il sait lire le mot « faire »; il apprend à lire le son « oi » parce qu’il sait lire le mot « oiseau ». Ses nouvelles acquisitions s’appuient sur des concepts acquis, et s’enracinent solidement.

S’il suffisait de faire lire, et répéter, des listes de sons à l’enfant qui éprouve des défis dans ce domaine précis, on n’aurait pas besoin d’orthophonie…

Afin de favoriser le déclic, puis la consolidation, des concepts utiles dans le processus d’acquisition des capacités en lecture, il s’agit de mettre en place un accompagnement adapté exploitant les capacités de l’enfant (ici, la capacité à décoder en procédant par sons, combinés à la capacité à reconnaître globalement le mot cible), dans des contextes riches, variés, et fréquents, pour faire ressortir les sons simples et complexes du français écrit, dans des contextes porteurs de sens. Dans notre exemple, plus haut, ce sont les contextes riches et variés, qui contribuent à exposer l’enfant, à le familiariser et, à finalement, l’amener à maîtriser ces fameux sons du français langage écrit.

Source : http://www.reussiteeducativeestrie.ca/fr_n/page/17/h/outils-lecture/

 

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