La conscience du langage pour les apprentissages scolaires (partie 1 de 2)

Par Lyakout Mohamed Saïd, M.Sc., Clinique Évolution

 

La conscience du langage pour les apprentissages scolaires (partie 1 de 2)

La conscience phonologique

 

 

Un ensemble d’habiletés appelé la métalinguistique (ou métalangage) permet aux enfants de développer leur capacité à lire et à écrire. Ces habiletés réfèrent à la conscience du langage.

 

Connaître les unités et mécanismes du langage

 

La métalinguistique renvoie à la conscience des différents aspects et unités qui composent le langage. C’est également notre capacité à pouvoir manipuler ces éléments. Il existe plusieurs sous-types de métalinguistique. Généralement, la plus connue des parents est la conscience phonologique. Celle-ci fait référence à la capacité d’identifier et de manipuler les sons qui composent les mots. Parmi les différentes tâches reliées à la conscience phonologique, citons la capacité à juger et à produire des rimes, mais aussi la capacité à segmenter ou à fusionner les syllabes et les phonèmes composant les mots.

Ainsi, la conscience phonologique est une compétence nécessaire dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture puisqu’elle nous permet de convertir les lettres (graphèmes) en sons (phonèmes) et inversement. C’est pour cela qu’elle est travaillée dès la maternelle.

 

Cela dit, d’autres types de consciences métalinguistiques existent, mais sont moins connues :

 

  • la conscience morphologique : conscience des petites unités de sens qui composent les mots.

 

Par exemple, dans antivirus, reconnaître les deux petits mots qui composent le grand mot (anti et virus) et en comprendre leur signification respective permet de déduire le sens global du mot sans devoir chercher la définition.

La conscience morphologique intervient également dans la conjugaison : dans finissons, savoir que la terminaison -sons réfère à la première personne du pluriel, permet de déduire qu’on parle du pronom nous.

Enfin, reconnaître le mot nuage dans nuageux facilite l’écriture de cet adjectif (ex : avec un g et non un j).

 

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La conscience morphologique est donc un moyen très utilisé d’acquérir de nouveaux mots de vocabulaire en lisant, de s’aider de ses connaissances grammaticales pour mieux comprendre ce qu’on lit, et de mieux maîtriser l’orthographe des mots.

 

  • La conscience syntaxique : conscience des différentes structures de phrases possibles.

 

Ce registre aide, par exemple, à mieux comprendre le sens de ce qu’on lit à travers les signes de ponctuation (ex. : point d’interrogation, d’exclamation).

 

Elle permet aussi d’identifier les classes de mots (noms, verbes, adjectifs) et leur fonction (sujet, groupe verbal, complément du groupe verbal…) dans une phrase. En reconnaissant ces éléments, la conscience syntaxique nous permet d’appliquer correctement les règles de conjugaison s’appliquant aux verbes et les règles d’accord s’appliquant aux noms, adjectifs, participes passés, etc.

 

Grâce à elle, on sait que la forme a mangé est précédée du sujet qui fait l’action et suivie du complément qui subit l’action, et que la phrase la pomme a mangé la souris n’est pas plausible. Elle aide donc à la compréhension de textes et à la maîtrise des règles de grammaire.

 

  • La conscience sémantique: conscience du sens des mots.

 

La conscience sémantique permet d’expliquer, et de catégoriser les mots en fonction de leur sens. Grâce à elle, on peut aussi établir les similitudes et différences entre les mots selon leur signification (ex. : différence entre le mot joie et contentement).

 

À mesure que l’enfant enrichit son vocabulaire, il apprend à utiliser des synonymes (mots avec même signification), des antonymes (mots avec significations opposées), et des mots polysémiques (mots qui ont plusieurs sens, comme mineur), qui lui permettront d’exprimer ses idées de manière plus précise dans ses présentations orales, ses productions écrites, et son argumentation.

 

En tant qu’orthophoniste, je rencontre des enfants avec des difficultés langagières. Certains ont un vocabulaire insuffisant et ont donc plus de mal à comprendre qu’un mot peut avoir plusieurs significations.

Ainsi, ils peuvent ne pas comprendre ce qu’ils lisent parce qu’ils croient connaître tous les mots. Cela dit, ils n’ont pas conscience que certains mots peuvent signifier autre chose.

Il arrive aussi souvent que les métaphores et autres expressions figurées posent des difficultés parce que les enfants n’ont pas conscience qu’on peut manipuler le sens des mots selon le contexte.

 

Il existe encore d’autres types de métalinguistique, qui feront l’objet d’un second article dans les prochains mois. Nous nous concentrons maintenant sur les différents moyens de stimuler les types décrits ci-haut.

 

Jouer avec le langage

 

En orthophonie, on essaie souvent de développer les différentes sortes de métalinguistique pour exploiter des stratégies servant à soutenir la lecture et l’écriture. En étant conscient des unités du langage, on arrive mieux à réfléchir à celles qui nous posent problème afin de mieux les maîtriser.

Les parents et autres intervenants peuvent aussi stimuler les différentes formes de métalinguistique:

La conscience morphologique :

  • Trouvez le petit mot dans le grand mot! Quand vous lisez un texte avec votre enfant, et que celui-ci vous demande le sens d’un mot, encouragez-le à réfléchir par lui-même en identifiant un ou des mots qu’il connaît dans le mot inconnu.
  • Amusez-vous aussi à trouver des mots de la même famille (des mots avec la même racine, ex : nuage, nuageux, ennuagé…), pour enrichir le vocabulaire de votre enfant, mais aussi lui enseigner l’orthographe des mots de même famille.

 

La conscience syntaxique :

  • Essayez d’exprimer la même idée avec diverses structures de phrases, afin de démontrer à votre enfant que le langage est flexible. Ex. : la souris a mangé la pomme, la pomme a été mangée par la souris, c’est la souris qui a mangé la pomme…

 

La conscience sémantique :

  • Posez des devinettes ou des charades (rébus) pour stimuler la réflexion sur le sens des mots.
  • Faites des jeux de mots (adaptés à l’âge de l’enfant) pour montrer qu’un mot peut avoir plusieurs sens ou avoir des homophones.
  • Imaginez ou expliquez des métaphores pour explorer le sens des mots selon le contexte.

 

Un site de devinettes et jeux de mots : http://www.meilleuresdevinettes.com/

Un site pour les rébus : http://jacquote.com/rebus.php

 

 

Le langage s’apprend en jouant et par le plaisir de l’interaction. Gardez en tête qu’il est donc tout à fait possible de stimuler la métalinguistique par des activités ludiques.

 

Voici la partie 2 de cet article fort intéressant! 

https://sosprof.ca/metalinguistique-apprentissages-scolaires-partie-2-de-2/

 

Source : Saint-Pierre, M.-C., Dalpé, V., Lefebvre, P., & Giroux, C. (2010). Difficultés de lecture et d’écriture : Prévention et évaluation orthophoniques auprès des jeunes. Québec : Presse de l’Université du Québec.