La conscience du langage pour les apprentissages scolaires (partie 2 de 2)

Par Lyakout Mohamed Saïd, orthophoniste à la Clinique Évolution

 

Un ensemble d’habiletés appelé la métalinguistique (ou métalangage) permet aux enfants de développer leur capacité à lire et à écrire. Ces habiletés réfèrent à la conscience du langage. Certaines ont fait l’objet d’un premier article. Nous nous penchons maintenant sur celles dont il n’a pas encore été question.

 

métalinguistique

Vous n’avez pas lu la première partie?

https://sosprof.ca/conscience-langage-apprentissages-scolaires/

Connaître les unités et mécanismes du langage

Comme nous l’avons vu dans l’article précédent, la métalinguistique est la conscience des différents aspects et unités qui composent le langage. C’est également notre capacité à pouvoir manipuler ces éléments. Dans cet article, nous tâcherons de décrire les consciences lexicales, pragmatique et discursive. Ces formes de consciences sont, elles aussi, impliquées dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture.

 

  • La conscience lexicale : capacité à identifier et à isoler un mot dans une phrase.

 

La conscience lexicale permet à l’enfant de découper, dans la phrase qu’il entend, les suites de sons qui composent les mots pour identifier les mots qu’il entend. Beaucoup d’enfants démontrent que la représentation qu’ils ont des mots n’est pas bien délimitée lorsqu’ils font des erreurs du genre la rivée au lieu de l’arrivée, ou les lancés pour l’élancée. Ceci mérite d’être particulièrement surveillé chez les enfants dont le français n’est pas la langue maternelle. D’autres erreurs typiques sont les suivantes : les abeilles vs une zabeille, un avion vs le navion.

En d’autres termes, la conscience lexicale peut aider à apprendre une langue en nous permettant de reconnaître et d’isoler dans la parole les mots qu’on connaît des mots inconnus dans une langue étrangère. La conscience lexicale permet aussi de déterminer l’orthographe adéquate des homophones (ex. : ver, vert, verre, vers). Ainsi, la conscience lexicale réfère aussi à la conscience de l’orthographe des mots. Enfin, connaître la nature des mots (verbes, noms, prépositions) relève de la conscience lexicale. Connaître la nature des mots est aussi nécessaire pour bien appliquer les règles de grammaire (ex. : conjugaison, accords, etc.).

  • La conscience pragmatique : la conscience de la manière d’utiliser le langage en fonction de la personne à qui l’on adresse le message.

 

La conscience pragmatique renvoie au fait de réfléchir consciemment aux choix des mots à utiliser, aux tournures de phrases à privilégier, à la quantité d’informations à donner dans le but d’adapter son message à la personne à laquelle on s’adresse. Par exemple, lorsque les enfants font le choix d’un registre de langue (ex : familier vs soutenu), ils démontrent leur capacité à adapter leur discours selon la personne qui l’entendra ou le lira. Dans une lettre formelle adressée à une personne qu’il ne connaît pas bien, un enfant a conscience qu’écrire «T’as vu le char tout pété?», au lieu de «Avez-vous vu la voiture toute détruite?», ne serait pas approprié et cela démontre sa conscience pragmatique.

En somme, la conscience pragmatique, en permettant aux enfants d’adapter leur message à différents types de public, joue un rôle important dans la qualité de rédaction d’un texte. Les enfants atteints du syndrome du spectre de l’autisme, ou d’Asperger, peuvent présenter notamment des difficultés d’adaptation de leur message selon les conventions sociales.

 

  • La conscience discursive: conscience du contenu et de la structure des différents types de discours et textes.

 

La conscience discursive permet d’identifier un type de texte (argumentatif, informatif, narratif, etc.). En lecture, elle permet de savoir quelles sont les idées principales à identifier. Par exemple, en sachant qu’un texte narratif présente typiquement une situation initiale (lieu, temps, personnages principaux), un problème, et des péripéties, l’élève anticipe déjà les informations importantes qu’il lira dans le texte et cela facilite la compréhension de lecture.

Inversement, un élève ayant des difficultés sur le plan de la conscience discursive perçoit le texte comme une suite de phrases d’importance équivalente. Il aura ainsi de la difficulté à distinguer les idées principales des détails peu pertinents. Ultimement, c’est donc la conscience discursive qui permet à l’élève de réaliser un résumé adéquat du texte lu (ce qui est un exercice souvent demandé à l’école). En écriture, connaître les éléments importants à intégrer dans un texte permet d’écrire un texte riche en contenu, mais aussi bien structuré.

 

Jouer avec les consciences lexicale, pragmatique, et discursive

Voici des idées pour stimuler les types de conscience que nous venons de présenter :

La conscience lexicale :

  • Jouez au Cadavre exquis. Il s’agit du jeu où l’on demande chaque fois à une personne différente de donner un nom, un verbe, un nom de lieu, un nom propre, un adjectif, etc. Aucun participant ne doit savoir ce que les autres proposent au moment de donner son mot. Une fois tous les mots soumis, on assemble ces mots pour faire une phrase complètement absurde et souvent très drôle.
  • Une version du cadavre exquis existe en forme d’histoire. Prenez une histoire courte, et remplacez certains mots du texte en demandant à l’enfant de vous donner diverses sortes de mots (ex. : verbe, adverbes, etc.) sans que l’enfant sache le contenu de l’histoire. À la fin, lisez le nouveau texte avec l’enfant, cela risque aussi de donner un résultat cocasse!

 

La conscience pragmatique :

  • La mise en scène de scénarios sociaux est une excellente façon de stimuler la conscience pragmatique. Ex. : que dirais-tu à ton ami s’il t’empêchait de jouer dehors? Vs que dirais-tu au directeur s’il vous interdisait de jouer dehors? N’hésitez pas à débattre de ce genre de situation, des comportements et des paroles adéquates à adopter.

 

La conscience discursive :

  • Il n’y a rien de tel que d’être exposé à répétition à un maximum de textes de tous types. Explicitez les éléments importants à anticiper lorsque vous identifiez un type de texte. Par exemple, s’il s’agit d’une histoire, on peut s’attendre à la description d’une situation initiale (présentation des lieux, du temps, des personnages et leurs caractéristiques), un problème, des péripéties, et une solution finale.

Peu importe l’activité et l’enjeu d’apprentissage, suivez les intérêts de votre enfant. Proposez-lui des textes et des situations qui vont l’intéresser. On apprend toujours mieux quand on aime ce qu’on apprend.

 

Un document présentant la structure d’un récit :

http://www.cheneliere.info/cfiles/complementaire/complementaire_ch/fichiers/didactique/3d/chapitre_1.pdf

 

Source : Saint-Pierre, M.-C., Dalpé, V., Lefebvre, P., & Giroux, C. (2010). Difficultés de lecture et d’écriture : Prévention et évaluation orthophoniques auprès des jeunes. Québec : Presse de l’Université du Québec