Doués et oubliés … la suite ? Article 3 de 6 – Douance et trouble d’apprentissage

Existe-t-il un lien entre douance et trouble d’apprentissage ?

 

Pour donner suite au documentaire Doués et oubliés : maman quand est-ce que j’apprends ? diffusé à Télé-Québec le 3 octobre 2016 (disponible à www.telequebec.tv), je vous propose une série de six articles sur la douance. Le premier et le second vous ont aidé, je l’espère, à mieux comprendre la douance. Dans le troisième et présent article, j’aborderai les autres troubles qui y sont souvent associés ainsi que le fonctionnement scolaire des doués. Le quatrième article portera sur les nombreux tabous qui entourent la douance. Le cinquième article vous aidera finalement à dépister les enfants doués et dans le dernier, je vous guiderai concrètement sur ce que vous pouvez faire pour les aider.

Vous avez lu l’article 1 et l’article 2 portant sur la douance ?

 

Et les troubles associés à la douance ?

Serez-vous surpris d’apprendre que nous n’avons pas de données empiriques qui montrent quelle proportion des enfants à haut potentiel (HP) ont également un trouble d’apprentissage (TA) (les dys, p.ex. dyslexie), un déficit d’attention (TDAH) ou un trouble du spectre autistique (TSA) ? Les données de recherche sont embryonnaires, mais en voici quelques-unes.

 

Douance et trouble d’apprentissage ?

Dans son mémoire de 2015, disponible sur le site de Haut Potentiel Québec, Caroline Mann Kiefer, orthophoniste française, montre que 45% des enfants doués de son échantillon ont un TA. De ceux-ci, 18% seulement sont diagnostiqués (l’équivalent de ce qu’on retrouve dans la population générale) et ils le sont en moyenne 3 ans et 3 mois plus tard que les enfants non doués. Les principaux TA présents chez les doués sont les dyslexies-dysorthographies phonologiques ainsi que les dyspraxies (maladresse, trouble de la coordination motrice, écriture illisible). Des chercheurs allemands ont récemment montré que la grande mémoire (visuelle et langagière) et le vocabulaire plus avancé des enfants doués cachent très souvent la présence des dyslexies.

Douance et spectre autistique (TSA)

Dans leur revue de la littérature scientifique, Burger-Veltmeijer et ses collègues (2011) révèlent un problème inquiétant quant aux diagnostics possiblement erronés d’autisme chez les doués et au fait qu’on risque de manquer la douance chez les enfants ayant un diagnostic d’autisme. En fait, plusieurs auteurs indiquent un chevauchement des caractéristiques propres aux TSA et aux doués, particulièrement ceux à profil hétérogène. Ceci serait particulièrement le cas chez ceux qui ont des habiletés non verbales supérieures à leurs habiletés verbales, mais aussi chez ceux avec un très haut QI (≥145). En fait, les TSA et les doués partagent souvent les caractéristiques suivantes :

  • Intérêts très vifs et très absorbants qu’ils partagent peu avec les autres ;
  • Habiletés sociales qui paraissent limitées, retrait social ;
  • Mauvaise compréhension des règles de la communication sociale ;
  • Humour particulier ;
  • Langage formel ;
  • Pensée divergente ;
  • Perfectionnisme excessif, préoccupation pour les détails ;
  • Maladresse motrice ;
  • Hypersensibilités sensorielles ;

 

Douance ou TDAH ?

Le débat est actuellement vif sur le sujet. On sait que 1) le TDAH est le diagnostic le plus fréquent chez les doués et 2) qu’il y aurait beaucoup de doués dans les populations de TDAH. Cependant, des spécialistes américains estiment qu’environ 50% des doués qui reçoivent un diagnostic de TDAH ne le seraient pas réellement.

 

Pourquoi ? Parce que la majorité des (neuro)psychologues qui évaluent le TDAH croient que la douance ce n’est qu’un QI ≥ 130. Ce que la douance n’est pas. Cette méconnaissance fait en sorte qu’ils attribuent à un «TDAH» à ce qui serait en fait des comportements et des profils cognitifs «normaux» chez les doués. Mais aussi, parce que les comportements TDAH et les comportements HP se ressemblent énormément. Par ailleurs, les difficultés de planification et les comportements d’inattention sont plus fréquents chez les doués que chez les «non doués».

 

Douance + TDAH ?

Malheureusement, on comprend encore très mal les liens, pourtant tissés serrés, entre douance et TDAH. Pour le moment, une des rares équipes de recherche à se spécialiser sur le sujet (Antshel, 2008 ; Antshel et al., 2007) a démontré que le diagnostic de TDAH est bien valide chez les enfants HP et qu’il est présent chez 5% d’entre eux (comme dans la population générale).

 

Ces chercheurs montrent qu’en comparaison aux enfants HP sans TDAH, les HP avec TDAH redoublent plus souvent, ont besoins de plus d’aide à l’école et développent plus de troubles psychiatriques à l’adolescent (épisodes dépressifs, trouble d’opposition, phobies sociales, trouble obsessif-compulsif). Des chercheurs de Montréal ont par ailleurs montré que le traitement du TDAH avec du méthylphénidate (Concerta®, Ritalin®) est aussi efficace chez les enfants doués que chez ceux dont les capacités intellectuelles sont dans la normale (Grizenko et al., 2012).

 

Pour pousser la réflexion, voyez aussi le dossier sur la douance et le TDAH dans La Presse + à

http://plus.lapresse.ca/screens/0bbc2d71-f430-4858-bd1a-051412720c8d%7C5kT31J965rvg.html

 

Comment fait-on la différence ?

En attendant que la recherche soit plus éclairante, sachez que les doués sans TDAH sont généralement capable d’être attentif et réussissent bien à l’école, mais n’oubliez pas qu’ils deviennent inattentifs, agités et impulsifs lorsqu’ils ne sont pas assez stimulés.

 

Notre expérience clinique montre que les doués avec TDAH sont encore plus … TDAH ! Par ennui, il bouge encore plus et est encore plus impulsif (surtout les garçons). Ils sont encore plus revendicateurs et contestataires que les doués sans TDAH. Mais surtout, ils supportent souvent mal l’échec puisqu’ils manquent de contrôle sur leur performance, souvent très variable et en dessous de leurs capacités intellectuelles. Par manque d’inhibition, ils sont encore plus intenses dans leur vécu émotif, dans leurs actions et dans leurs intérêts.

 

Douance et réussite scolaire

On ne connait pas la situation des élèves doués au Québec. En France, 43% des enfants HP n’obtiennent pas l’équivalent d’un diplôme d’études collégiales (cégep). Dans sa brochure à l’intention des enseignants, Haut Potentiel Québec révèle des statistiques fournies par l’Association française pour les Enfants Précoces qui montrent que les doués réussissent bien à l’école primaire, mais qu’au milieu du secondaire, 1/3 excellent, 1/3 sont moyens et 1/3 sont en échecs. Inquiétant non ?

 

Finalement

On sait également que les doués, autant les enfants que les ados ou les adultes, ont une forte tendance à argumenter et donc à paraître opposants. Ils vivent souvent de l’anxiété sociale et présentent souvent une dépression existentielle. Sur ce dernier sujet, vous pouvez d’ailleurs lire un article intéressant à http://hautpotentielquebec.org/wp-content/uploads/2012/08/depressionexistentielle.pdf.

 

 

Voici un autre article qui saura vous plaire :

 

Pour en savoir plus  et mieux vous outiller :

 

Références :

  • Antshel, K. M. (2008). Attention-Deficit Hyperactivity Disorder in the context of a high intellectual quotient/giftedness. Developmental Disabilities Research Review, 14, 293-299.
  • Antshel, K. M., et al. (2007). Is attention deficit hyperactivity disorder a valid diagnosis in the presence of high IQ? Results from the MGH Longitudinal Family Studies of ADHD. Journal of Child Psychology and Psychiatry, 48, 687-694.
  •  Burger-Veltmeijer, A. E.J., Minnaert, A. E.M.G., & Van Houten-Van des Bosch, E. J. (2011). The co-occurrence of intellectual giftedness and autism spectrum disorders. Educational Research Review, 6, 67-88.
  • Grizenko, N., Qi Zhang, D. D., Polotskaia, A., & Joober, R. (2012). Efficacy of Methylphenidate in ADHD Children across the Normal and the Gifted Intellectual Spectrum. J Can Acad Child Adolesc Psychiatry, 21, 282-288.
  • Mann Kiefer, Caroline. (2015). Mémoire de maitrise en Orthophonie : Hauts potentiels et Troubles Spécifiques des Apprentissages : étude de la présence de TSA auprès d’une population de collégiens à hauts potentiels.

 

Dre Marianne Bélanger, Psy.D., Ph. D., psychologue, spécialisée en douance. 

Cofondatrice Clinique TDAH Montérégie et Clinique Neuropsychologie Rive-Sud Montréal

www.tdahmonteregie.com

www.neuropsychologie-montreal.com

www.facebook.com/cliniqueneuropsychologietdahmonteregie